L’homicide de Paul Varry sur une piste cyclable parisienne fin 2024 par un conducteur de SUV « pressé » a été suivie par le lancement d’une réflexion et la rédaction du rapport « Prévenir les violences et apaiser les tensions pour mieux partager la voie publique ». Au printemps 2026, un an après la remise de ce rapport, il n’y a pas de mesure concrète, et le Plan Vélo est complètement délaissé. Par Gilles Laurent, référent mobilités douces à la Fnaut.
Rapport sur les violences routières : La FNAUT regrette l’absence de mesures significatives pour calmer la circulation motorisée
Il ne s’agit pas seulement de réduire les « accidents », mais aussi les insultes, menaces, agressions physiques (frôler, percuter) ou comportements intimidants pouvant mettre en danger autrui, et en premier lieu piétons et cyclistes, sur la voie publique : la peur de l’agressivité des conducteurs motorisés « touche 87 % des cyclistes, 89 % des deux-roues motorisés et même 88 % des automobilistes » (Ipsos, 2024). Pour les cyclistes, cette crainte a augmenté de six points en quatre ans.
Quelques centaines d’auditions plus tard, force est de constater la modestie des mesures proposées face à ce grave problème, en évitant soigneusement toute contrainte sur la circulation motorisée ! Le rapport, remis au Ministre chargé des Transports en avril 2025, proposait une quarantaine de mesures dont une bonne part du domaine de la formation des usagers de la route (contenu du permis de conduire, vélo-écoles, données statistiques, …) et quelques mesures techniques (obligation de zones 30 dans chaque ville, panneaux « cédez le passage cycliste » plus visibles, « code de la voie publique » plutôt que « code de la route », normalisation du marquage des voies cyclables, dépassement des cyclistes sur l’autre moitié de la route, …). Au printemps 2026, ces mesures n’ont pas eu de traduction concrète. Et surtout le budget vélo a été sacrifié, étant en 2026 à moins d’un dixième de ce qui avait été prévu en 2023 !
Un point intéressant est l’ouverture vers un usage accru de la vidéo-verbalisation ou la prise en compte de vidéos lors de dépôts de plaintes.
On cherche vainement la moindre mesure contraignante pour les conducteurs des véhicules motorisés, premiers responsables des accidents et des agressions : rien sur la mise en place de caméras contre les angles morts des véhicules encombrants (cause de 13 % des tués à vélo), rien sur le contrôle des infractions automobiles, rien sur un contrôle continu du permis de conduire, rien sur le contrôle des vitesses (et notamment le 30 km/h en ville)… Aucune mesure immédiate non plus pour exclure de la route les gens aux comportements violents, contrairement à ce qui a été fait avec succès en Espagne. Par contre une mesure prévoit explicitement « une verbalisation accrue des cyclistes » !
Ce rapport initialement destiné à lutter contre les violences routières au quotidien causées principalement par les conducteurs motorisés, se limite à quelques mesures de prévention, et à un contrôle accru … des usagers vulnérables, en prenant soin de ne rien imposer ni aux poids lourds ni aux automobilistes, puisque l’auteur du rapport considère que « les infractions commises en véhicule motorisé, très nombreuses, sont plus facilement sanctionnées en raison de l’immatriculation ». Un an plus tard, des mesures concrètes se font attendre. À ce rythme, la tolérance envers la violence motorisée a encore de beaux jours devant elle.
Crédit image : vélo de François Delétraz cassé suite à un accident avec un véhicule, Paris, mars 2026