Nos actualités

Peut-on se passer de voiture ? Oui si …

15 Juin 2026

Le Forum Vies Mobiles publie une étude menée sur sept départements français, qui conclut que oui, contrairement à ce qui nous est inculqué en permanence, on peut se passer de voiture. Pas seulement dans les grandes métropoles, mais aussi en périurbain et en zones rurales.

La recette miracle repose sur le vélo et la marche pour les « derniers kilomètres », et sur des réseaux d’autocars et de trains fiabilisés et surtout avec des fréquences renforcées : l’étude prévoit ce qu’elle appelle « un choc d’offre » et  une « assurance mobilité » : au moins 80% des habitants résidant hors agglomération doivent être desservis par un transport collectif sur route ou voie ferrée à moins de 2 km de leur domicile avec un cadencement général à la demie heure en journée et à l’heure la nuit ! Ce système existe presque en Allemagne, où les trains régionaux et les autocars sont généralement cadencés à l’heure. On en est très très loin en France, où souvent les autocars ne passent que trois fois par jour ouvrable et où les trains des lignes rurales sont rares …  Pourtant les trajets domicile-travail ne représentent que 20% des déplacements des Français. 80% des déplacements se font pour d’autres motifs tels que le temps libre, la santé, l’administration, l’accompagnement… et largement en dehors des heures de pointe.

Pour permettre le fonctionnement de ce système, l’étude prévoit de libérer 20% des routes locales pour créer un réseau cyclable et piéton continu et sécurisé, en ville comme à la campagne ; et sur 23% des routes la priorité sera systématiquement donnée aux transports collectifs. L’étude prévoit aussi d’unifier l’offre, l’information et la billettique à l’échelle nationale, pour rendre le réseau lisible et simple d’utilisation pour tous.

Le scénario dominant actuellement – marche, vélo et bus au centre des métropoles, cars express pour les trajets domicile-travail centre-périphérie, et la voiture partout ailleurs (et même en ville) relève d’un cadre de pensée dépassé, hérité du XXe siècle. Non seulement il ne répond plus aux enjeux actuels (vieillissement de la population, évolutions résidentielles, développement du télétravail et des déplacements de loisir), mais il est aussi insoutenable aux plans écologique, économique et social.

Un tiers des Français n’ont pas le droit de conduire et dépendent le plus souvent de la voiture d’un proche pour se déplacer. Bien sûr, certains sont tout bonnement trop jeunes : 20% de la population a moins de 17 ans. Mais on oublie souvent ceux qui n’ont pas le permis ou détiennent un permis étranger non reconnu en France, soit tout de même 9% des adultes. Auxquels il convient d’ajouter les 4% de la population avec une incapacité physique permanente : cécité totale ou partielle, troubles cognitifs affectant la concentration, maladies cardiaques, handicaps moteurs empêchant l’usage des pédales ou du volant… autant de situations qui rendent la conduite impossible.

Au final seulement 18% des conducteurs affirment pouvoir utiliser leur voiture librement (soit 12% de la population totale), sans subir aucune entrave : le prix de l’essence, les réparations, la fatigue, la météo, l’hostilité de la nuit, la peur de ne pas trouver de stationnement, sans compter le stress de la circulation : autant d’obstacles qui s’additionnent faisant du « système automobile » un chemin pavé de renoncements.

Simultanément, l’omniprésence de la voiture dans l’espace public restreint la liberté des autres usagers : combien d’enfants ne peuvent pas marcher seuls jusqu’à l’école ? Combien de personnes âgées renoncent à faire leurs courses à vélo? Combien d’actifs redoutent de se rendre au travail autrement qu’en voiture, faute d’infrastructures sûres et adaptées ?

Est-ce finançable ? Oui, en réutilisant massivement les infrastructures existantes, cela revient à 60 milliards d’euros par an, soit cinq à six fois moins que le coût collectif du «système voiture» actuel, supporté aux deux tiers par les ménages, estimé autour de 305 milliards d’euros dans une précédente étude, en incluant ses externalités négatives.

Une réduction a minima de 70% des émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements des personnes est escomptée.  Enfin, c’est aussi l’assurance d’une plus grande autonomie stratégique pour le pays : moins de dépendance au pétrole, aux métaux critiques pour les batteries, et aux industries automobiles étrangères.

Le verdict est sans appel : sans réseau cadencé, infrastructures dédiées, lisibilité nationale et sans limitation de la place donnée à la voiture, le passage d’un système dominé par cette dernière à un autre ne se fera pas. Ajoutons y le remplacement de la publicité automobile par une publicité équivalente pour les transports publics pour faire bonne mesure…

Étude : https://forumviesmobiles.org/recherches/16425/systeme-alternatif-de-mobilite

Rapport complet : https://owncloud.forumviesmobiles.org/index.php/s/BdP0okOWfNuNRoV

Par Gilles Laurent