Les usagers sarthois dans le débat ?
La CGT a organisé le 5 février 2026 au Mans une réunion débat « Le train sarthois à l’épreuve de la concurrence », avec pour sous-titre « Quelles réponses pour les usagers.e.s ». Après un premier contact ouvert à notre participation, notre présence à la table ronde n’a finalement pas été retenue par les organisateurs. Le débat a surtout permis aux participants sur l’estrade de s’exprimer, mais peu aux usagers.
Les usagers du TER doivent être entendus d’autant qu’avec leurs billets, dont les tarifs viennent de fortement augmenter, ils assurent une proportion croissante des coûts du TER. Nous rappelons nos positions, qui ne sont pas toujours alignées avec celle de la CGT, même si nous reconnaissons le rôle important que les syndicats ont pu jouer dans la préservation des services.
Les associations signataires (AUT Pays de la Loire et AUTER Le Mans Alençon) ne sont pas opposées à la mise en concurrence, obligation légale qui dynamise l’offre TER, et qui devra cependant faire l’objet d’évaluations régulières, en particulier sur le rapport entre coût global et services rendus. Le rôle de la Région est de plus en plus essentiel, car outre les tarifs, elle définit les services à assurer (horaires, fréquences, etc.), et doit en vérifier la qualité d’exécution dans un système complexe où les voies sont gérées par SNCF-Réseau, empruntées aussi par d’autres utilisateurs, TGV, Ouigo ou fret, etc., et où les budgets de maintenance du réseau, toujours en discussion, sont insuffisants.
Le futur centre de maintenance du matériel TER au Mans, financé par la Région, rapprochera le matériel des besoins, et devrait donc améliorer la réponse aux incidents d’exploitation. Nous attendons que, en cas de difficulté, du matériel suffisant puisse venir en secours aux rames du lot en cours d’appel d’offre « étoile mancelle ».
Demandes prioritaires : fiabilité, fréquences
Le fait, dans la Région ou en changeant de région, d’avoir à passer d’un opérateur ferroviaire à l’autre ne doit pas être une contrainte pour l’usager. Elle nécessite pour la Région, Autorité Organisatrice de la Mobilité, en cohérence avec les régions voisines, de dégager des moyens supplémentaires d’organisation, et d’assurer un système uniforme de distribution, d’information, de dédommagement, de solutions de substitution, etc… accessible à tous, quelque soit son mode d’achat et sa localisation.
Si les systèmes digitalisés sont incontournables, doivent aussi fonctionner des systèmes d’information et d’achat physiques, aux lieux fréquentés par les voyageurs et accessibles à tous. Les Pôles d’Echange Multimodaux (PEM), à implanter sur les principaux sites sarthois, doivent intégrer du personnel au service du public et proposer toutes les offres locales de transport, les offres nationales et celle des régions voisines.
La première attente des usagers est la fiabilité : trop de trains en retard et même de trains supprimés. Cela nécessite des investissements sur les équipements de voie, du matériel de secours disponible et une gestion plus rigoureuse, capable de mieux informer les voyageurs et de leur proposer des solutions de substitution. La concurrence doit s’exercer dans un cadre social respectueux des salariés, quel que soit l’opérateur ferroviaire, ne conduisant pas au dumping social et à une sous-traitance incontrôlée, qui ne peut que nuire à l’engagement du personnel et à la qualité du service.
La deuxième attente prioritaire concerne le développement de l’offre. Le cadencement horaire, prévu par la Stratégie Régionale des Mobilités 2030 (SRM 2030), votée en 2021, envisage un service de 6h à 20h, ce qui est insuffisant en particulier le soir. Les engagements prévoient un train par heure et par sens dans chaque gare, deux par heure autour des grandes villes, dont Le Mans, en heure de pointe. Les associations demandent que cela soit assuré par le futur contrat à passer pour l’étoile mancelle, dont la mise en œuvre est déjà repoussée à 2032. Ceci est d’autant plus nécessaire que les habitants demandent du transport public et qu’il est urgent de diminuer beaucoup plus rapidement nos émissions de Gaz à Effet de Serre. La mise en concurrence n’exonère pas du besoin de plus de financements.
Un programme de développement multi autorités et coconstruit
Les usagers demandent à pouvoir donner leur avis préalable sur les services envisagés par le cahier des charges de l’appel d’offres pour l’exploitation de l’« Etoile Mancelle ».
Les usagers saluent la constitution progressive d’une desserte Alençon / Le Mans / Château-du-Loir diamétralisée, la possibilité pour les titulaires de titres de transport urbain de prendre le TER dans le périmètre du transport urbain et, bientôt, la possibilité pour les voyageurs en cars Aleop d’emprunter librement les transports urbains. Ces démarches sont à amplifier, vers un support unique.
La future desserte de l’étoile mancelle, qui permettra plus facilement d’aller d’un côté à l’autre de l’agglomération, doit aussi prendre en compte un « Service Express Régional Métropolitain » à programmer autour du Mans, et pour lequel des crédits d’étude sont prévus au CPER. Cela demande des échanges avec les usagers, une coconstruction, et des financements coordonnés entre le Pôle Métropolitain Mobilités du Mans et la Région.

Chronoligne au Mans en cours d’installatio .Transports Urbains et TER (avec la création de gares secondaires) : des développements à coordonner
Le succès de fréquentation de l’arrêt « Le Mans Hôpital » montre l’intérêt d’envisager sur les autres branches de l’étoile, des pôles de correspondance assurant le lien entre TER et transport urbain (de préférence tramway ou Chronolignes). Le SERM doit aussi développer des lignes de car cadencées là où manquent les axes ferroviaires, le tout articulé avec les voies vélos et piétons. Une tarification adaptée aux moyens de chacun (tarification solidaire), est à mettre en place à l’échelle de ce SERM, incitant à l’utilisation de l’ensemble des modes de déplacement disponibles.
